((Musique : Chasing car, Snow Patrol))
Je regarde la pluie tomber, chaque goutte forme un sillon, marque de son passage, sur la vitre avant d'aller finir sa course en bas.
La pluie est suicidaire.
Je termine les dernières pages de mon livre, relevant de temps en temps la tête.
Et je pleure, parce que mon livre est triste, parce que l'héroïne meurt, parce que peut-être que moi aussi je suis triste.
Je continue de déverser mes larmes, la nuit tombe. C'est comme si un flacon d'encre de chine se renversait dans le ciel.
Quand j'était petite j'avais peur du noir, maintenant il me rassure, me protège. Ses bras m'encerclent et me promettent que tout va bien.
Mon corps est toujours secoué de longs sanglots mal étouffés dans l'oreiller. Mes mains déchirent frénétiquement un mouchoir déjà rapiécé.
Ce flot semble incessant comme la pluie qui continue de marteler les vitres.
Et je me noie, écrasée par le poids de mon c½ur.
Il vaut mieux se laisser tomber, attendre patiemment d'arriver au fond, une fois qu'on y est, on n'a plus qu'à remonter.
Il vaut mieux ça plutôt que de se débattre et de finir par mourir, de noyade ? De fatigue ?
Au loin j'entends des rires, en moi quelque chose se serre, moi aussi j'aimerai rire, mais voilà je ne peux pas.
Il y a tant de choses que j'aimerai faire et que je ne peux pas.
J'aimerai parler, qu'on me comprenne ; je voudrais dire ce que je pense au plus profond de moi sans qu'une force invisible ne m'en empêche. J'aimerai qu'un jour quelqu'un soit là pour moi.
Suis-je égoïste ?
« [...] Les zèbres me fascinent. Ils seraient parmi les rares à s'adapter si l'on vivait dans un monde en noir et blanc. » Ma vie pour la tienne, Jodi Picoult